Vous avez dit

Voyages...

Ceux qu'il faut aussi voir...

Mardi 19 février 2008

Sensation

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - heureux comme avec une femme.


Arthur Rimbaud
Poésies

Ceux qui fréquentent le blog de Julien savent pourquoi il m'est revenu en mémoire.

par Harmonie publié dans : Poésies que j'aime... communauté : Les Grands Poètes
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Lundi 18 février 2008

Aux amis inconnus

Ces vers, je les dédie aux amis inconnus,
A vous, les étrangers en qui je sens des proches,
Rivaux de ceux que j'aime et qui m'aiment le plus,
Frères envers qui seuls mon coeur est sans reproches
Et dont les coeurs au mien sont librement venus.

Comme on voit les ramiers sevrés de leurs volières
Rapporter sans faillir, par les cieux infinis,
Un cher message aux mains qui leur sont familières,
Nos poèmes parfois nous reviennent bénis,
Chauds d'un accueil lointain d'âmes hospitalières.

Et quel triomphe alors ! Quelle félicité
Orgueilleuse, mais tendre et pure, nous inonde,
Quand répond à nos voix leur écho suscité,
Par delà le vulgaire, en l'invisible monde
Où les fiers et les doux se sont fait leur cité !

Et nous la méritons, cette ivresse suprême,
Car si l'humanité tolère encor nos chants,
C'est que notre élégie est son propre poème,
Et que seuls nous savons, sur des rythmes touchants,
En lui parlant de nous lui parler d'elle-même.

Parfois un vers, complice intime, vient rouvrir
Quelque plaie où le feu désire qu'on l'attise ;
Parfois un mot, le nom de ce qui fait souffrir,
Tombe comme une larme à la place précise
Où le coeur méconnu l'attendait pour guérir.

Peut-être un de mes vers est-il venu vous rendre
Dans un éclair brûlant vos chagrins tout entiers,
Ou, par le seul vrai mot qui se faisait attendre,
Vous ai-je dit le nom de ce que vous sentiez,
Sans vous nommer les yeux où j'avais dû l'apprendre.

Vous qui n'aurez cherché dans mon propre tourment
Que la sainte beauté de la douleur humaine,
Qui, pour la profondeur de mes soupirs m'aimant,
Sans avoir à descendre où j'ai conçu ma peine,
Les aurez entendus dans le ciel seulement ;

Vous qui m'aurez donné le pardon sans le blâme,
N'ayant connu mes torts que par mon repentir,
Mes terrestres amours que par leur pure flamme,
Pour qui je me fais juste et noble sans mentir,
Dans un rêve où la vie est plus conforme à l'âme !

Chers passants, ne prenez de moi-même qu'un peu,
Le peu qui vous a plu parce qu'il vous ressemble ;
Mais de nous rencontrer ne formons point le voeu :
Le vrai de l'amitié, c'est de sentir ensemble ;
Le reste en est fragile, épargnons-nous l'adieu.


René-François Sully-Prudhomme
Les vaines tendresses

Découvert récemment, et comme toujours, je partage. J'ai craqué sur la première strophe...

par Harmonie publié dans : Poésies que j'aime... communauté : Les Grands Poètes
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Dimanche 17 février 2008

Vous ne pouvez pas, si vous êtes français, avoir échappé à la polémique de ces derniers jours. Le président de la République française (ayant par ailleurs déclaré qu'il n'avait jamais considéré la morale laïque comme inférieure à la morale religieuse, ce qui n'a rien à voir avec le présent article mais est important tout de même) a fait une proposition concernant la Shoah.
Il propose que chaque élève de CM2 (dix-onze ans) porte la mémoire d'un enfant juif mort dans les camps. Cette proposition a déclenché une véritable polémique entre les "pour" et les "contre".
Je suis personnellement contre.

Moi, j'ai découvert la Shoah vers huit ans. C'est lourd à porter, lorsque l'on est enfant. Si je l'ai pu, c'est parce que j'ai réussi à mettre une certaine distance entre ces faits historiques et moi. J'ai été révoltée, indignée, il n'y a pas de mots suffisamment forts pour décrire cette espèce de rage sourde contre la cruauté et la haine humaine.
Mais c'était de l'Histoire. J'ai pleuré cette part de l'humanité assassinée par d'autres hommes qui n'étaient pas dignes de porter ce nom glorieux d'homme. J'ai été à la fois persuadée (par les sentiments) et convaincue (par la Raison) que le souvenir de ce martyre ne devait pas être efffacé.
J'ai pleuré des hommes, des femmes et des enfants, non parce que je les connaissais, mais parce qu'ils étaient humains, et que j'étais - je suis ! - liée à eux par la conscience d'appartenir à la même espèce, à la même famille.
J'ai pleuré ceux qui sont morts parce qu'ils étaient ce qu'ils étaient, Juifs, Tziganes, homosexuels, handicapés, "asociaux"... J'ai pleuré et ce n'était pas de la pitié (toujours se méfier de la pitié en histoire) mais de la compassion.
J'ai pleuré ceux qui sont morts pour ce qu'ils pensaient et avaient fait, communistes, religieux, résistants, Justes... J'ai pleuré et été fière de ceux qui s'étaient souvenus de leur titre d'êtres humains.

Ils m'ont aidé à tenir, à affronter cette réalité, à admettre, lorsque l'on a encore une part de cette naïveté enfantine (même si j'ai su très tôt que les hommes pouvaient être cruels) que de telles ignominies avaient pu exister, avaient existé !

Liberté, Egalité, Fraternité.

Combien m'a-t-elle parue belle alors, cette devise républicaine. Belle et juste. Ayant du sens.
La France doit se souvenir, elle a aussi sa part de responsabilité. Comme le disait Sartre "nous sommes responsables de ce que nous n'essayons pas d'empêcher".
La France a oublié sa devise en ces heures sombres, mais au moins Vichy n'a pas eu le cynisme de la conserver tandis qu'ils livraient à la mort des milliers d'innocents !

Plus tard, j'ai voulu voir. Les morts sur la papier ont quelque chose d'irréel.
La Première Guerre Mondiale a pris corps pour moi lorsque je suis allée à Verdun, quand j'ai marché dans ce paysage aujourd'hui encore vallonné par des trous trop circulaires pour être naturels, au milieu de ces mouches omniprésentes.
La Shoah est devenue tangible le jour où je suis allée à Auswitchz.
Le jour où j'ai marché, au milieu de ces squelettes de baraques (il ne reste plus que les fondations de briques, le bois des baraquements ayant servi de bois de chauffage aux familles polonaises du coin après la guerre). Le jour où j'ai vu les chambres à gaz effondrées.

Il y avait eu un véritable problème de conscience quelque temps plus tôt, pour ceux qui gèrent le camp aujourd'hui. Le béton armé a mal supporté le passage du temps. Par endroits le camp se transforme en ruine.
Il s'est alors posé la question de ce qu'ils devaient faire. Laisser le camp disparaître peu à peu, ce qui signifie que dans un siècle ou deux, quand la nature aura repris ses droits, il n'y aura plus trace de la Shoah, ou reconstruire les parties abîmées, avec cette lourde pensée que l'on construit un camp de concentration.
Ils ont conclu qu'ils devaient reconstruire, comme un rempart contre le négationnisme, car personne ne peut venir à Auswitchz et prétendre que cela n'a pas eu lieu.

Je suis d'accord avec cette démarche. Je suis contre celle du parrainage d'enfants martyrs.

J'ai rencontré une déportée, qui m'a dit : "Peut m'importe que l'on m'oublie. Peut m'importe que l'on oublie les autres déportés. Souvenez-vous seulement que cela ne doit plus jamais avoir lieu"

Le devoir de mémoire, ce n'est pas porter la mort d'un autre. Ce n'est pas dire à un enfant "tu vois, il avait ton âge, il n'avait rien fait, mais il est mort". Combien c'est lourd et culpabilisateur !
Comment dire à un enfant rwandais qu'il doit se souvenir du génocide juif ? à un Arménien ? et peut importe d'où il vient et quelle est son histoire, comment un enfant pourrait-il porter ce fardeau ?

Il faut parler de la Shoah à nos enfants car la mémoire doit vivre. Il ne faut pas instrumentaliser la Shoah, faire naître de la pitié quand doit venir l'indignation.
Il faut apprendre "Liberté, Egalité, Fraternité" et que cela ne soit pas juste des mots mais la réalité de nos vies.

Ce n'est pas à un homme politique de légiférer sur l'importance historique. Pourquoi porter la mémoire des martyrs de la Seconde Guerre Mondiale, quand on ne se souvient pas de l'esclavage ? En quoi le sort individuel d'un enfant juif est-il plus ou moins important que le sort d'un enfant noir arraché à sa famille et vendu comme esclave ?

Il y a les faits historiques, que l'on comprend et approche avec sa raison, et heureusement qu'ils touchent aussi à nos sentiments. Mais ce n'est pas à nos sentiments de prendre le pas sur la raison, surtout en ce qui concerne l'Histoire.

Le groupe occitan Nadau (je vous en ai déjà parlé) disait : "il y a un devoir de mémoire, et il y a un devoir d'espérance".

Je me souviens. Je suis humaine et en tant qu'humaine j'espère que plus personne, jamais, ne commettra de crimes contre l'humanité.

par Harmonie publié dans : Politique citoyenne communauté : La commune des philosophes
ajouter un commentaire commentaires (13)    recommander
Samedi 16 février 2008

Ker Ys, I , Ker Ys, II ,

Ecoutez-moi, car je raconte l'histoire très véridique de la fière cité d'Ys et de sa reine Dahut.
Vous êtes assis sur la lande, le soleil vient de se coucher. Le vent souffle et siffle doucement, emmenant avec lui des murmures lointains que vous ne pouvez saisir. Un vieil arbre rabougri étend ses branches, traits sombres dans le ciel nocturne.
Je suis assise sur un rocher, au pied de l'arbre, mais vous ne me voyez pas, car votre regard se perd au loin, sur la mer bleue nuit qui roule au bas de la falaise.

Au temps dont je vous parle, avant que le monde ne change et que la magie ne le déserte pour gagner l'univers de l'imaginaire, s'élevait une cité.
On l'appelait Ys, ou Ker Ys (parfois Is). Elle était alors la plus belle cité du monde, la plus importante, et on chantait son nom jusqu'aux limites du monde connu.
Elle était capitale du royaume d'Armorique, joyau du roi Gradon qui seul en conservait la clef.

Sa fille Dahut (dago soitis en celte, signifiant "bonne magie") y régnait. On la disait pécheresse et cruelle, mais peut-être était-elle simplement la dernière reine celte devant l'intrusion du christianisme...

Quoi qu'il en soit, l'Etranger, l'Homme Rouge, d'aucun dirent le Diable lui-même, causa sa perte. Il vint un soir de tempête et l'hospitalité lui fut accordée.
Le vent soufflait avec rage, la mer tourbillonnait, et les vagues de plus en plus hautes venaient se fracasser sur les murs de la cité. Tous les éléments semblaient pris de fureur, et peut-être était-ce un avertissement...

Devant l'effroi de l'Etranger, Dahut rit et déclara :
 "Ne crains rien, inconnu, ce n'est point la première tempête que nous connaissons, l'eau ne peut s'introduire dans la cité, nos murs sont trop hauts et nos portes trop solides."
- Mais si elles s'ouvraient malencontreusement ?
- Alors tu devrais en appeler à la clémence des éléments, car tu n'aurais guère de chance de t'en sortir ! Mais n'aie point d'inquiétude, il n'existe qu'une clef et mon père la porte autour du cou."
- J'aurais cru que seule la maîtresse de la ville était digne d'avoir ce pouvoir, et non point qu'elle le délèguerait à un autre, fût-il son père et un roi."
Dahut le regarda bizarrement mais ne dit rien. Déjà le poison du doute s'était introduit en âme.

Il y eut fête ce soir-là. Gradlon s'enivra et partit dormir. Dahut et l'Homme Rouge s'en furent dans la chambre de la princesse. Mais une fois que leur désir mutuel eût été comblé, alors que l'Etranger s'était endormi, Dahut songea à son père ivre, et à sa clef d'or...

Serez-vous surpris si je vous dit qu'elle gagna silencieusement la couche de son père, et que la précieuse clef changea de propriétaire ? Et pendant ce temps-là, le vent et l'eau n'en pouvaient plus de colère, et les éclairs frappaient si souvent qu'on pouvait y voir comme en plein jour. C'était une nuit de destruction, une nuit où un monde prenait fin.

Nul ne sait qui ouvrit les portes de la Cité.
Non, nul ne le sait même si bien des rumeurs ont couru...
Pour certains, ce serait Dahut elle-même, ensorcelée par l'Etranger. Pour d'autres ce fut lui, l'Homme Rouge, qui vola la clef à sa toute nouvelle maîtresse et provoqua le malheur.
Ce qui est sûr, c'est que nul ne sut jamais qui était cet homme, ni à plus forte raison pourquoi il avait agi... car nul ne le revit jamais.

Et ce soir-là, ce soir de tempête où les éléments étaient en folie, l'eau entra dans la cité, dévasta les maisons, noyant les habitants, hommes, femmes, enfants...
Aucun n'en réchappa.

Dans les hautes tours du palais, Gradlon s'éveilla pour voir la cité s'engloutir. Il courut au seul être qui pouvait l'aider, Morvac'h, le cheval de mer, et l'enfourcha.
Sa fille Dahut parvint à s'accrocher à lui et à monter également sur le cheval.
Et ils fuirent ainsi la cité engloutie, celle qui avait été Ys, la plus belle ville du monde.

C'est alors que Guénolé survint. Il vit Gradlon, il vit Dahut.
" Gradlon ! Gradlon ! Ne comprends-tu pas ? C'est la volonté de Dieu si la cité maudite a été détruite ! Ils étaient païens et Dieu a frappé ! Même ton cheval ne peut te sauver, si tu ne renonces pas à toutes les anciennes coutumes, si tu ne rejettes pas le démon assis derrière toi !"
Ainsi parla Guénolé.

Les vagues roulaient et même Morvarc'h avait du mal à avancer. Alors Gradlon, la mort dans l'âme, poussa sa fille dans les flots.


Au matin, le soleil se leva sur la mer apaisée de la baie de Douarnenez. Plus rien n'indiquait qu'une cité s'était jadis trouvée là. Ses fières tours avaient été abattues.
Gradlon, qui était parvenu à gagner la terre ferme, ne se remit jamais vraiment du cataclysme. Il gagna Quimper, dont il fit sa nouvelle capitale, et renonça à jamais à la religion des celtes.
C'est depuis ce temps-là que la Bretagne s'est couverte d'un blanc manteau d'églises...

Et Dahut, me direz-vous ?
Et bien, elle était magicienne, et née de la mer. Elle devint une sirène, de celles qui sont appelées les mari morgan (mor gan : née de la mer), à l'apparence entièrement humaine.
Elle règne toujours sur Ker Ys, et y emmène les hommes trop rêveurs qui succombent à son chant...

Parfois, sur la lande, quand souffle le vent, on entend encore sonner les cloches de la cité engloutie.

par Harmonie publié dans : Mythes, légendes, textes sacrés communauté : Les Cheminants
ajouter un commentaire commentaires (7)    recommander
Samedi 16 février 2008

Prélude

Tu ne me connais pas, tu ne sais qui je suis,
Tu ne m'aperçois pas, le soir, quand je te suis,
Quand se perd ma pensée en tes lueurs de femme,
Quand je m'en vais, noyant mes sens, noyant mon âme
Dans les candeurs et les fraîcheurs de ta beauté.
Tes regards clairs, pareils à des matins d'été,
Si chastement encor s'arrêtent sur les choses :
Tu n'as jamais su voir le trouble que tu causes,
Jamais tu n'as su voir, en passant devant moi,
Que je m'émeus et souffre, et pâlis près de toi !
À qui donc seras-tu ? Qui boira la lumière
De tes yeux ? Qui verra l'ivresse printanière
De ton premier amour ? Un soir, quel bienheureux
Te tiendra sur son coeur comme un oiseau peureux ?
Oh ! qui déroulera ta jeune chevelure ?
Qui viendra respirer, ô fleur, ton âme pure,
Et par de longs baisers courant sur tes bras nus
Fera passer en toi les frissons inconnus ?
Et moi, qui si longtemps t'ai cherchée et rêvée,
Je dois donc te quitter, lorsque je t'ai trouvée !


Jean Lahor
L'Illusion

Je ne connaissais ni ce poète ni a fortiori ce poème mais j'aime bien, donc je partage ma découverte.

par Harmonie publié dans : Poésies que j'aime... communauté : Les Grands Poètes
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Vous cherchez quelque chose ?

Ce blog

C'est moi !

  • : Harmonie
  • sapientia.amanda.est
  • : Terre Univers
  • : J'ai toujours trouvé que l'autoportrait était un exercice difficile... Ah si, je me balade parfois sous le nom d'Etoile (Etoile = Harmonie).

Remerciements

Je remercie SaT pour m'avoir gentiment offert le dessin qui me sert d'avatar. Drôlement sympa, vous ne trouvez pas ? (c'est lui qui dessine La République des Fourmis ).

 

Je remercie aussi Padidu qui est en train de me fabriquer une bannière.  Et C_kissa qui m'as aidée pour mon fond.
(Voir mon Atelier... )

Calendrier

Février 2008
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29    
<< < > >>

Si vous aimez...

Cliquez ici pour recommander ce blog
Blog : Economie sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus