L'article d'Antiochus "croire, ne pas croire !", m'a fait beaucoup réfléchir aujourd'hui. A priori j'étais entièrement d'accord avec
lui, mais comme j'ai un esprit de contradiction assez développé, j'ai décidé de réfléchir soigneusement sur tout ça.
Antiochus se demandait si l'homme pouvait se libérer de toute croyance, et semblait penser que la liberté était à ce prix (Antiochus, si je n'ai pas bien compris ce que tu écrivais, tu es prié de
rectifier, s'il te plaît).
A ce niveau-là, moi je nageais déjà parmi des questions du type : qu'est-ce que la liberté ? Qu'est-ce qu'une croyance ?...
Pour ne pas me noyer, j'ai sciemment décidé de mettre la notion de liberté de côté, et de ne m'intéresser qu'à la question : l'homme peut-il s'affranchir de toute croyance ?
Antiochus proposait de faire la liste des choses que nous croyons et de celle que nous savons. C'est là que ça se complique.
Dans certains cas, c'est relativement facile : par exemple pour tout ce qui touche à l'existence ou la non-existence d'un ou de plusieurs dieux (quels que soient les noms qu'ils portent), c'est
clairement du domaine de la croyance. Dans d'autres, c'est beaucoup moins simple : pour tout ce qui touche la science, par exemple.
Est-ce que je sais que deux et deux font quatre ? (le mot "deux" représentant ici le concept, l'Idée de 2 et non le mot lui-même, c'est la différence entre signifiant et signifié). A première
vue, nous sommes tentés de répondre oui. Mais deux et deux ne font pas quatre en tous temps et en tous lieux : ce n'est vrai qu'en base dix. Donc dans un cas bien précis. Donc ce n'est pas
universel.
Ce n'est qu'un exemple, bien sûr. On pourrait m'objecter que le fait qu'on était en base dix était sous-entendu. Ou me proposer quelque chose du style : "je sais qu'en base dix, deux plus deux
donne quatre". Mais ça ne fait que repousser le problème : est-ce que je sais quelque chose en mathématiques, ou ne sont-ce que des hypothèses ?
Même parmi les sciences "dures", à l'origine il y a une hypothèse : je fais l'hypothèse que le monde est ordonné, et que cet ordre est possiblement intelligible.
Dans ce cosmos, monde ordonné, il y a des règles, par exemple physiques : si dans l'atmosphère terrestre les objets tombent quand on les lâche, ce n'est pas par un hasard sans cesse renouvellé,
c'est parce qu'il existe une loi de la gravitation. Et si dans l'espace il n'y a pas de gravitation, c'est simplement parce que cela dépend d'une loi plus vaste, que l'esprit humain n'a pas
encore intellectualisée, mais qui est intellectualisable.
C'est le postulat de base de toutes les sciences, voire de toute réflexion. En effet, renier ce postulat équivaut à dire qu'il n'y a absolument aucune règle dans l'Univers et que tout n'est que
hasard permanent.
Pour ne croire en rien, il faudrait remettre en cause ce postulat, c'est-à-dire renoncer à toute réflexion. Renoncer à la réflexion, au travail intellectuel, c'est aussi renoncer à son statut
d'être humain.
A la question : l'homme peut-il renoncer à toute croyance ? je réponds donc : non, à moins qu'il ne renonce aussi à être un homme.
S'il ne croit à rien et ne sait rien, il est animal, s'il ne croit rien mais sait tout, j'aurais tendance à l'appeler dieu...
Evidemment, il existe une sérieuse différence entre l'humain qui ne croit qu'au postulat scientifique originel, et celui qui croit sans réfléchir une seule seconde aux idioties débitées sans
vergogne par la télévision...
Quand à moi, je sais que je ne sais rien et je m'en porte très bien, merci.
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