Ce très grand mystique soufi, créateur des derviches tourneurs, a écrit des poèmes, les Dîvân-E Shams-E Tabrîzî, traduites en français sous le nom d'Odes Mystiques.
Je ne résiste pas à l'envie d'en partager une avec vous :
Ode 36
Ô Maître, viens ! Ô Maître, viens ! Ô Seigneur, reviens !
Ne me fais pas languir, ne me fais pas languir ! Ô Maître habile, au beau visage, viens !
Vois cet amant éloigné de toi, vois ce monde bouleversé,
Vois celui qui est à la fois ivre et assoiffé, ô toi le roi des enivrés, viens !
Tu es la main, tu es le pied, tu es l'existence de toute existence ;
Tu es le rossignol extasié, viens vers la roseraie.
Tu es l'oreille, tu es l'oeil, tu es l'élu de tous.
Ô toi aussi précieux que Joseph volé, viens au bazar.
Ô toi caché aux yeux, ô toi qui es pour tous l'âme et le monde,
De nouveau viens, en dansant, hors de toi.
Tu es la clarté du jour, tu es la joie qui brûle le chagrin,
Tu es la lune qui illumine la nuit, ô toi nuage de douceur, viens !
Ô étendard d'un monde nouveau, toute intelligence est en gage chez toi.
Ne viens pas et ne t'en vas pas à tout instant : viens pour tout de bon.
Ô coeur ensanglanté, quelle passion, quelle folie !
Le raisin est déjà mûr, ne presse pas le raisin vert, viens !
Ô nuit troublée, disparais ! Ô chagrin indicible, éloigne-toi !
Ô intelligence endormie, anéantis-toi ! Ô plénitude éveillée, viens !
Ô coeur égaré, viens ! Ô âme blessée, viens !
Si la porte est fermée, viens à travers le mur.
Ô souffle de Noé, viens ! Ô désir de l'âme, viens !
Ô onguent des malades, viens ! Ô santé des souffrants, viens !
Ô toi dont le visage rayonne comme la lune, ô toi pareil à l'eau qui court au coeur du ruisseau,
Cherche la joie des amoureux ; en dépit des ennemis, viens.
Ô âme pleine de discours, tais-toi. Jusqu'à quand ces paroles ?
Jusques à quand frapperas-tu sur le tambour de l'éloquence ?
Sans lèvres et sans paroles, viens.
Vous avez dit