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Mardi 22 janvier 2008

C'est le centième article de ce blog, donc je marque le coup.
Pourquoi ? Parce que j'ai l'habitude de compter en base dix (sauf quand je fais de l'humour :-) ). Si j'avais été sumérienne, ç'aurait été le 360ème qui aurait ainsi été distingué... Parce que les sumériens ont adopté la base soixante, et ne me demandez surtout pas pourquoi.
C'est de là que viennent nos heures de soixante minutes de soixante secondes et nos 360 degrés du cercle. D'ailleurs à la Révolution française, pendant qu'il y étaient, ils ont lancé le découpage du temps en base dix, mais autant le mètre a été relativement facilement adopté, autant là la greffe n'a pas pris...
Mais je m'égare.

Non, je voulais simplement dire que c'est le temps des premiers bilans, et des nouveaux départs. J'en profite pour annoncer ce que j'ai l'intention de faire dans les prochaines semaines, par catégories.

A propos de ce blog : euh... juste mettre en ligne les statistiques chaque mois

Architecture : finir de mettre en ligne mes textes, publier l'article sur Alberti...

Carnets de Voyage : trouver le temps de taper mes textes avant de les mettre en ligne...

Divers : euh, des trucs divers,

Histoire de mon arbre : faire une photo dès que le moindre bout de vert apparaît,

Joie des Mathématiques : passer du stade "il faudrait que je parle de ça", au stade "j'écris un article sur ça" :-)

Lengua d'oc, nostra lengua : finir l'article sur le fin'amor

Mes univers, mes écrits : continuer à mettre en ligne mes poésies...

Mythes, légendes, textes sacrés : encore la création du monde : chez les Celtes, revoir les Sumériens, ajouter les Grecs, les Romains, les Incas... 

Poésies que j'aime
: bien sûr Nerval :-), mais pas seulement

Politique citoyenne : là, j'ai un bon paquet de coups de gueule à pousser, mais c'est à garder pour les jours où je voudrai casser l'ambiance...

Réflexions... citations... : de temps en temps...

Donc je ne suis pas en rade, et mon blog a l'air bien lancé (grâce à vous, merci). Si vous accrochez toujours, nous allons donc poursuivre notre quête de la Sagesse...

par Harmonie publié dans : Divers
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Lundi 21 janvier 2008

Chapitre 5
Où l’on parle encore d’urbanisme

 
Je reconnais que je suis partial. Je l’ai déjà dit et je le réaffirme. Mais je suis vieux et je parle de la ville d’autrefois comme je m’en rappelle. J’ai du mal à noter les évènements que vous, très cher lecteur, du fait de votre conscience aigüe d’une soi-disant supériorité humaine, avez tendance à considérer comme importants. Moi, je me contente de manière bien plus humble de vivre la ville et de l’aimer.
 
Pendant les années suivantes, Paris fut très occupée à s’étendre, prenant possession de tout son nouvel espace. Il y avait certes des projets pour réhabiliter les quartiers délabrés mais ils ne furent pas, ou pratiquement pas, mis en œuvre.
Non, les grands changements se firent au niveau des transports, avec la création du métropolitain.
Imaginez Paris excavée pour faire passer ces tunnels blancs ; les rues ouvertes pendant que l’on faisait descendre les tronçons de voies, tout un monde souterrain qui découvrait pour la première fois – et pour un temps bref – la lumière.
Paris est construite sur de la dentelle – plus de vide que de plein la-dessous – entre les catacombes, les égouts et les transports souterrains. Les lignes vont quadriller la ville, la traverser de part en part, la rendre extrêmement accessible.
Paris est une ville fière de sa modernité, fière de ses transports, fière de son histoire, fière d’elle-même aussi. Une ville heureuse de s’offrir à la vue depuis ses collines, ses monuments se détachant nettement parmi le vélum des toits qui se ressemblent et qui ne s’élèvent pas.
 
L’enceinte de Thiers est progressivement démolie. De toute façon elle n’a jamais su protéger Paris comme l’a prouvé la facilité de l’invasion prussienne quelques années plus tôt. Paris redevient pour un temps une ville ouverte.
 
Rien ne se passe, si ce n’est sur le plan des idées. Peu à peu la volonté de faciliter l’accès au centre de Paris s’amenuise. D’aucuns préfèrent désormais permettre son contournement.
Le périphérique est construit, plus tard, dans cette optique. Il est une barrière par endroit plus efficace que ne l’étaient les anciennes enceintes…
 
Mais Paris cherche désormais à loger ses habitants dans de locaux décents, sans pour autant raser ses quartiers historiques.
Des projets de dalles et de tours voient le jour, qui ne respectent pas les repères traditionnels de la ville. Le niveau du sol n’est pas celui des habitants, les immeubles ne sont pas insérés dans la trame urbaine habituelle, avec ses rues et ses passages.
C’est un univers particulier, une bulle dans la ville, très différente du reste de la cité.
L’uniformité des tours ne semble pas s’apparenter au visage traditionnellement homogène des quartiers parisiens mais est vécu comme un appauvrissement des paysages.
Edifiées sur une hauteur, les tours surplombent Paris, qui ne peut les ignorer.
On en revient par la suite au modèle de l’îlot, bien plus habituel à Paris que les tours, même si cet îlot s’ouvre parfois sur l’extérieur, à la différence des îlots haussmanniens présentant une façade unie et fermée.
 
Paris ne cesse d’évoluer, de remodeler ses quartiers, de récupérer de l’espace en s’étendant sur les anciennes gares par exemple. Elle retrouve son ancien mode de densification, quand elle ne pouvait pas s’étendre à son gré.
Mais à défaut de s’étendre encore, elle noue de bonnes relations avec ses voisines, ses réseaux de transports la dépassent pour assurer la connexion, et la banlieue devient de plus en plus dépendante de la capitale.
 
par Harmonie publié dans : Architecture
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Lundi 21 janvier 2008
Chapitre 4
Où l’on parle beaucoup d’urbanisme
 
 
 
Parallèlement, de grands travaux se déclenchaient dans Paris.
De grands axes furent tracés, des avenues larges, très larges, rectilignes, couvrant toute la ville de leur réseau.
Il y avait certes les préoccupations hygiénistes – le besoin d’air et de lumière – les préoccupations artistiques – permettre la création de grandes perspectives sur les monuments parisiens – mais aussi des préoccupations plus politiques – il fallait montrer la grandeur de Paris et les manifestations sont bien plus aisément contrôlables dans des avenues droites que dans un lacis de ruelles labyrinthiques…
Il apparaît ainsi sur la rive gauche le boulevard Saint-Michel, le boulevard Saint-Germain, la rue de Rennes, le boulevard de Port-Royal…
Des ponts sont construits ou reconstruits, pour faciliter le franchissement de la Seine, de nouvelles gares apparaissent et leur accès est facilité.
 
De nouveaux immeubles se bâtissent, tous sur le même modèle : magasins au rez-de-chaussée, entresol, balcon à l’étage noble, puis deux ou trois étages, le dernier avec balcon, le tout surmonté d’une mansarde pour loger les domestiques.
De tels immeubles s’alignent dans les rues, modifiant profondément les quartiers de par leur homogénéité, leur caractère massif et imposant.
 
Pour Paris, cela a été un véritable traumatisme. Hormis le percement de la rue Rambuteau quelques temps auparavant, jamais un de ses quartiers n’avait ainsi été en partie démoli pour tracer de nouvelles voies de communication.
 
Les modifications furent encore plus importantes en sous-sol : le réseau d’égouts était enfin à la hauteur, chaque rue de surface étant doublée par un couloir d’égout souterrain.
Chaque immeuble pouvait accéder au tout-à-l’égout.
 
De même un réseau efficace permet l’alimentation en eau de la capitale. C’est l’apparition de fabuleuses innovations pour les habitants : l’eau courante, le gaz…
Ces extraordinaires innovations se généralisent dans les immeubles.
 
S’il y a une véritable mixité sociale, (riches et moins aisés habitant dans les mêmes bâtiments, avec une différence d’étage) les plus pauvres ne peuvent payer ces nouveaux loyers et sont exclus des immeubles de rapport. Ils s’entassent dans les quartiers insalubres ou prennent possession de la Zone non-aedificandi de la muraille quand son usage militaire est abandonné.
Paris s’embellit par endroit et se paupérise à d’autres.
 
La ville s’étend jusqu’à ses murailles, déborde de ces murailles. Les communes qu’elle annexe perdront peu à peu leur identité pour ne garder que le côté folklorique des quartiers.
 
Paris traumatisée acceptera pourtant peu à peu son nouveau visage, s’en montrera même fière : elle est une ville ouverte sur le monde, agréable à fréquenter, riche de milliers de facettes. Loin de s’uniformiser dans un seul style, elle préserve sa différence, tout en conservant une unité sous-jacente qui fait que l’on reconnaît ces rues non seulement comme faisant partie d’une ville, mais surtout comme faisant partie d’une ville définie : Paris.

par Harmonie publié dans : Architecture
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Lundi 21 janvier 2008
Chapitre 3
Où l’on parle un peu d’urbanisme
 
 
 
Après la tourmente, Paris apaisée, du moins pour un temps, on voulut moderniser la ville, dont le tissu urbain semblait encore dater du Moyen Âge.
En réalité, peu d’opérations furent réellement lancées, mais elles préfiguraient les changements à venir.
L’approvisionnement en eau de la capitale (car Paris était redevenue capitale) était assuré depuis le creusement du canal de l’Ourcq ; des équipements publics utiles, comme des marchés, des abattoirs, furent construits, de même que de nouveaux ponts et des monuments (colonne Vendôme…).
Paris renaissait à la construction.
 
De plus, il y avait une véritable volonté d’organisation : la servitude d’alignement fut instaurée, s’appliquant à tous les bâtiments construits ou reconstruits. Cette servitude avait pour but l’élargissement progressif des rues les plus étroites. Cette mesure n’eut qu’un effet relatif, le renouvellement du bâti n’ayant lieu qu’à un rythme très lent à Paris…
 
Quelques années plus tard, l’épidémie de choléra – qui va tuer des milliers de parisiens – va soudainement rappeler l’insalubrité d’une grande partie de la ville.
Il faut assainir Paris, et la doter de transports en commun qui permettront de s’éloigner toujours davantage du cœur de la cité.
Pour cela, il est nécessaire d’avoir des voies larges, qui laissent passer la lumière et permettent la circulation. Il faut « de l’eau, de l’air, de l’ombre ».
 
Désormais il est possible d’exproprier pour cause d’intérêt public. Les changements de la ville s’accélèrent, puisqu’on n’est plus obligé d’attendre qu’un terrain se libère pour créer.
 
Des arbres (ô mes frères !) sont plantés le long des avenues, de l’éclairage au gaz est installé. De la lumière ! voilà qui est extraordinaire : non pas des lanternes ici ou là mais une véritable lumière, qui permet d’y voir la nuit. Paris s’illumine et pavoise.
Un véritable réseau d’égouts commence à se créer, non plus anarchiquement mais de manière rationnelle et réfléchie.
 
Paris s’est aussi retrouvée enfermée derrière de nouvelles enceintes. Cette fois-ci elles avaient réellement pour but de protéger la capitale, même si certains dirent qu’elles empêchaient aussi de nouvelles révoltes.
Une zone non-aedificandi large de deux cent cinquante mètres en avant de la muraille, du fossé et de la contrescarpe transformait les abords de Paris en paysage désolé et militaire.
Des forts détachés placés à quelques kilomètres devaient assurer une première ligne de défense si Paris était attaquée. L’un d’eux était situé à Ivry.
Ces « fortifs » permettaient néanmoins le passage : il y avait dix-sept portes, vingt-trois barrières, cinq passages de canaux et rivières, huit poternes et huit passages de lignes de chemin de fer !
 
Simplement ces enceintes étaient beaucoup plus grandes que les précédentes et contenaient des terrains appartenant aux communes limitrophes de Paris, voire ces communes elles-mêmes !
Paris n’annexera officiellement ces territoires que bien des années plus tard, mais quand cette annexion aura lieu cela fera déjà longtemps que le tissu urbain ne marquait plus que symboliquement la frontière.
 
Paris, une fois encore, grandissait.
par Harmonie publié dans : Architecture
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Dimanche 20 janvier 2008
Chapitre 2
Où est esquissé un rapide portrait de cette ville
 
 
 
J’ai dit plus haut que Paris était une ville adolescente. Cela est vrai : Paris est jeune, délibérément jeune – elle l’a toujours été – et ce malgré (ou à cause ?) de sa longue histoire. Seule une adolescente peut assumer aussi totalement ses contradictions internes.
Paris a toujours aimé la beauté, et pourtant Paris était misérable ; Paris se blottissait derrière ses enceintes et ses faubourgs s’étendaient bien au-delà ; Paris est une ville de pouvoir et de décisions et une ville de révolte, de rébellion voire de révolution.
Paris est une ville qui fait sa crise d’adolescence : elle ne réclame rien pour elle-même directement, ou si peu, mais fait sien divers engagements et s’engage à chaque fois profondément dans la lutte.
La ville a adopté les idées qui l’ont traversée, qui y sont nées et qui l’ont marquée.
Paris reconnaît l’autorité du pouvoir, accepte la monumentalité du pouvoir, mais parfois de brusques sursauts la réveillent et elle semble redécouvrir à chaque révolte ceux que l’on appelait « le petit peuple ». Révoltes allant parfois jusqu’à teinter de sang les barricades, les blessures de la ville répondant aux blessures des vivants.
 
A la suite d’une de ces révoltes, le pouvoir royal décida de la quitter. Pour la première fois depuis plus d’un siècle et demi, Paris se voyait supplantée. Elle ne le pardonnera pas véritablement.
Il n’y eut que peu de changement à cette période. Le pouvoir était ailleurs, Paris n’était plus au premier plan. La plupart des interventions étaient ponctuelles, des lotissements installés autour de monuments… Les créations n’avaient lieu que sur des terrains vierges ou récupérés, comme les boulevards de Louis XIV aménagés à la place des anciennes murailles.
 
Paris restait d’autant plus frondeuse qu’elle était moins prééminente. Et elle grandissait et s’étendait sans cesse, finissant par atteindre les six cent cinquante mille habitants.
 
Sans qu’il y ait un retour du pouvoir politique dans la ville, diverses interventions se firent les années suivantes, comme la création de l’église Sainte-Geneviève, celle du théâtre de l’Odéon… Cela entraînait le réaménagement des quartiers limitrophes.
 
Puis la construction d’une nouvelle enceinte, bien plus grande que les précédentes fut décrétée. Non que Paris ait besoin de se défendre, de toute manière cela n’avait pas pour but de la défendre, mais de taxer les marchandises. Une douane commerciale !
Et belle qui plus est ! Car les portes étaient de véritables monuments ! Non seulement on plaçait Paris en cage, mais en plus on la dorait ! Comme si on pouvait pardonner l’enfermement du seul fait de la beauté des édifices…
Non… « le mur murant Paris rend Paris murmurant », cela était la vérité.
 
Mais la question allait vite cesser de se poser puisque Paris allait renouer avec sa longue tradition révolutionnaire, et détruire ce mur.
 
Toutes les années suivantes se brouillent dans ma mémoire. Je me souviens de la violence des hommes contre les hommes, des hommes contre les monuments, des hommes contre la ville. Paris assoiffée de sang et Paris lassée des massacres, Paris hardie révolutionnaire et Paris terrorisée…
 
J’aime ma ville, mais, sincèrement, parfois elle me fait peur.

par Harmonie publié dans : Architecture
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