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Vendredi 11 juillet 2008
Complainte à sa Dame

Ne lisez pas ces vers, si mieux vous n'aimez lire
Les escrits de mon coeur, les feux de mon martyre :
Non, ne les lisez pas, mais regardez aux Cieux,
voyez comme ils ont joint leurs larmes à mes larmes,
Oyez comme les vents pour moy levent les armes,
A ce sacré papier ne refusez vos yeux.

Boute-feux dont l'ardeur incessamment me tuë,
Plus n'est ma triste voix digne if estre entenduë :
Amours, venez crier de vos piteuses voix
Ô amours esperdus, causes de ma folie,
Ô enfans insensés, prodigues de ma vie,
Tordez vos petits bras, mordez vos petits doigts.

Vous accusez mon feu, vous en estes l'amorce,
Vous m'accusez d'effort, et je n'ay point de force,
Vous vous plaignez de moy, et de vous je me plains,
Vous accusez la main, et le coeur luy commande,
L'amour plus grand au coeur, et vous encor plus grande,
Commandez à l'amour, et au coeur et aux mains.

Mon peché fut la cause , et non pas l'entreprendre;
Vaincu, j'ay voulu vaincre, et pris j'ay voulu prendre.
Telle fut la fureur de Scevole Romain :
Il mit la main au feu qui faillit à l'ouvrage,
Brave en son desespoir, et plus brave en sa rage,
Brusloit bien plus son coeur qu'il ne brusloit sa main.

Mon coeur a trop voulu, ô superbe entreprise,
Ma bouche d'un baiser à la vostre s'est prise,
Ma main a bien osé toucher à vostre sein,
Qu'eust -il après laissé ce grand coeur d 'entreprendre,
Ma bouche vouloit l'ame à vostre bouche rendre,
Ma main sechoit mon coeur au lieu de vostre sein.


Théodore Agrippa d'Aubigné
Stances
par Harmonie publié dans : Poésies que j'aime... communauté : Les Cheminants
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Lundi 7 juillet 2008
Prière du soir

Dans l'épais des ombres funèbres,
Parmi l'obscure nuit, image de la mort,
Astre de nos esprits, sois l'étoile du Nord,
Flambeau de nos ténèbres.

Délivre-nous des vains mensonges
Et des illusions des faibles en la foi :
Que le corps dorme en paix, que l'esprit veille à toi,
Pour ne veiller à songes.

Le corps repose en patience,
Dorme la froide crainte et le pressant ennui :
Si l'oeil est clos en paix, soit clos ainsi que lui
L'oeil de la conscience.

Ne souffre pas en nos poitrines
Les sursauts des méchants sommeillants en frayeur,
Qui sont couverts de plomb, et se courbent en peur
Sur un chevet d'épines.

ceux qui chantent tes louanges
Ton visage est leur ciel, leur chevet ton giron,
Abrités de tes mains, les rideaux d'environ
Sont le camp de tes anges.


Théodore Agrippa d'Aubigné
L'Hiver
par Harmonie publié dans : Poésies que j'aime... communauté : Les Grands Poètes
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Dimanche 6 juillet 2008
Romance del enamorado y la muerte

Un sueño soñaba anoche,
Soñaba con mis amores
Que en mis brazos los tenia.

Vi entrar señora tan blanca
Muy mas que la nieve fria.
- Por donde has entrado, amor?
Como has entrado mi vida?
Las puertas estan cerradas,
Ventanas y celosias.

- No soy el amor, amante:
La Muerte que dios te envia.
- Ay Muerte tan rigurosa
Deja me vivir un dia!
-Un dia non puede ser
Una hora tienes de vida.

Muy de prisa se calzaba
Mas de prisa se vestia;
Ya se va para la calle,
en donde su amor vivia.
- Abreme la puerta, Blanca,
Abreme la puerta, niña!

- Como te podre yo abrir?
Si la ocasion no es venida?
Mi padre no fue al palacio
Mi madre non esta dormida.

- Si no me abres esta noche
Ya no me abriras querida;
La muerte me esta buscando
Junto a ti la vida seria.

- Vete bajo a la ventana
Donde labraba y cosia
Te echare cordon de seda
Para que subas arriba
Y si el cordo no alcanzare,
Mis trenzas añadiria.

La fina seda se rompe
La Muerte que alli venia:
Vamos el enamorado,
Que la hor ya es cumplida.


Juan del Encina
Chanson du XVIème siècle

Je n'arrive pas à mettre les accents, je suis désolée, mais voilà ma traduction personnelle (conserve le sens, mais pas la beauté poétique) :

Romance de l'amoureux et de la mort

Je rêvais un rêve au milieu de la nuit
Je rêvais de mes amours
Que je les tenais dans mes bras

J'ai vu entrer une dame blanche
Bien plus que la froide neige,
- Par où es-tu entrée amour ?
Comment es-tu entrée ma vie ?
Les portes sont fermées
les fenêtres et les jalousies aussi.

- Je ne suis pas l'amour, amant,
Je suis la mort que Dieu t'envoie
- Ah mort si rigoureuse
Laisse moi vivre un jour !
- Un jour cela ne se peut
Tu as une heure de vie

Avec beaucoup d'empressement il se chaussa
Avec plus d'empressement il s'habilla
Et se précipita dans la rue
Où son amour vivait
- Ouvre-moi la porte, Blanche,
Ouvre-moi la porte, petite !

- Comment pourrais-je t'ouvrir,
Si le moment n'est pas venu ?
Mon père n'est pas encore au palais
Ma mère n'est pas encore endormie

- Si tu ne m'ouvres pas la porte cette nuit
Tu ne m'ouvriras plus jamais, chérie
La mort est en train de me chercher
Avec toi la vie serait

- Viens sous la fenêtre
Où je travaille et où je couds
Je te jetterai un fil de soie
Pour que tu montes jusqu'ici
Et si la corde ne suffit pas
J'y ajouterai mes tresses

La fine soie se rompt
La Mort vint jusque là
Partons l'amoureux
L'heure est terminée
par Harmonie publié dans : Poésies que j'aime... communauté : Les Grands Poètes
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Samedi 5 juillet 2008
Christine

Une étoile d'or là-bas illumine
Le bleu de la nuit, derrière les monts.
La lune blanchit la verte colline :
- Pourquoi pleures-tu, petite Christine ?
Il est tard, dormons.

- Mon fiancé dort sous la noire terre,
Dans la froide tombe il rêve de nous.
Laissez-moi pleurer, ma peine est amère
Laissez-moi gémir et veiller, ma mère :
Les pleurs me sont doux.

La mère repose, et Christine pleure,
Immobile auprès de l'âtre noirci.
Au long tintement de la douzième heure,
Un doigt léger frappe à l'humble demeure :
- Qui donc vient ici ?

- Tire le verrou, Christine, ouvre vite :
C'est ton jeune ami, c'est ton fiancé.
Un suaire étroit à peine m'abrite ;
J'ai quitté pour toi, ma chère petite,
Mon tombeau glacé.

Et coeur contre coeur tous deux ils s'unissent.
Chaque baiser dure une éternité :
Les baisers d'amour jamais ne finissent.
Ils causent longtemps, mais les heures glissent,
Le coq a chanté.

Le coq a chanté, voici l'aube claire
L'étoile s'éteint, le ciel est d'argent.
- Adieu, mon amour, souviens-toi, ma chère !
Les morts vont rentrer dans la noire terre,
Jusqu'au jugement.

- Ô mon fiancé, souffres-tu, dit-elle,
Quand le vent d'hiver gémit dans les bois,
Quand la froide pluie aux tombeaux ruisselle ?
Pauvre ami, couché dans l'ombre éternelle,
Entends-tu ma voix ?

- Au rire joyeux de ta lèvre rose,
Mieux qu'au soleil d'or le pré rougissant,
Mon cercueil s'emplit de feuilles de rose ;
Mais tes pleurs amers dans ma tombe close
Font pleuvoir du sang.

Ne pleure jamais ! Ici-bas tout cesse,
Mais le vrai bonheur nous attend au ciel.
Si tu m'as aimé, garde ma promesse :
Dieu nous rendra tout, amour et jeunesse,
Au jour éternel.

- Non ! je t'ai donné ma foi virginale ;
Pour me suivre aussi, ne mourrais-tu pas ?
Non ! je veux dormir ma nuit nuptiale,
Blanche, à tes côtés, sous la lune pâle,
Morte entre tes bras !

Lui ne répond rien. Il marche et la guide.
À l'horizon bleu le soleil paraît.
Ils hâtent alors leur course rapide,
Et vont, traversant sur la mousse humide
La longue forêt.

Voici les pins noirs du vieux cimetière.
- Adieu, quitte-moi, reprends ton chemin ;
Mon unique amour, entends ma prière !
Mais elle au tombeau descend la première,
Et lui tend la main.

Et, depuis ce jour, sous la croix de cuivre,
Dans la même tombe ils dorment tous deux.
Ô sommeil divin dont le charme enivre !
Ils aiment toujours. Heureux qui peut vivre
Et mourir comme eux !


Charles-Marie Leconte de Lisle
Poèmes barbares
par Harmonie publié dans : Poésies que j'aime... communauté : Les Grands Poètes
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Lundi 30 juin 2008
Quand le ciel étoilé couvre notre demeure
Nous nous taisons durant des heures
Devant son feu intense et doux
Pour nous sentir, plus fervemment, émus de nous.

Les grands astres d'argent tracent là-haut leur route ;
Sous les flammes et les lueurs
La nuit étend ses profondeurs
Et le calme est si grand que l'océan l'écoute !

Mais qu'importe que se taise même la mer,
Si dans l'espace immense et clair
Plein d'invisible violence
Nos coeurs battent si fort qu'ils font tout le silence !


Emile Verhaeren
Les heures du soir
par Harmonie publié dans : Poésies que j'aime... communauté : Les Grands Poètes
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Je remercie SaT pour m'avoir gentiment offert le dessin qui me sert d'avatar. Drôlement sympa, vous ne trouvez pas ? (c'est lui qui dessine La République des Fourmis ).

 

Je remercie aussi Padidu qui est en train de me fabriquer une bannière.  Et C_kissa qui m'as aidée pour mon fond.
(Voir mon Atelier... )

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