Chapitre 5
Où l’on parle encore d’urbanisme
Je reconnais que je suis partial. Je l’ai déjà dit et je le réaffirme. Mais je suis vieux et je parle de la ville d’autrefois comme je m’en rappelle. J’ai du mal à noter les évènements que vous,
très cher lecteur, du fait de votre conscience aigüe d’une soi-disant supériorité humaine, avez tendance à considérer comme importants. Moi, je me contente de manière bien plus humble de vivre la
ville et de l’aimer.
Pendant les années suivantes, Paris fut très occupée à s’étendre, prenant possession de tout son nouvel espace. Il y avait certes des projets pour réhabiliter les quartiers délabrés mais ils ne
furent pas, ou pratiquement pas, mis en œuvre.
Non, les grands changements se firent au niveau des transports, avec la création du métropolitain.
Imaginez Paris excavée pour faire passer ces tunnels blancs ; les rues ouvertes pendant que l’on faisait descendre les tronçons de voies, tout un monde souterrain qui découvrait pour la
première fois – et pour un temps bref – la lumière.
Paris est construite sur de la dentelle – plus de vide que de plein la-dessous – entre les catacombes, les égouts et les transports souterrains. Les lignes vont quadriller la ville, la
traverser de part en part, la rendre extrêmement accessible.
Paris est une ville fière de sa modernité, fière de ses transports, fière de son histoire, fière d’elle-même aussi. Une ville heureuse de s’offrir à la vue depuis ses collines, ses monuments se
détachant nettement parmi le vélum des toits qui se ressemblent et qui ne s’élèvent pas.
L’enceinte de Thiers est progressivement démolie. De toute façon elle n’a jamais su protéger Paris comme l’a prouvé la facilité de l’invasion prussienne quelques années plus tôt. Paris redevient
pour un temps une ville ouverte.
Rien ne se passe, si ce n’est sur le plan des idées. Peu à peu la volonté de faciliter l’accès au centre de Paris s’amenuise. D’aucuns préfèrent désormais permettre son contournement.
Le périphérique est construit, plus tard, dans cette optique. Il est une barrière par endroit plus efficace que ne l’étaient les anciennes enceintes…
Mais Paris cherche désormais à loger ses habitants dans de locaux décents, sans pour autant raser ses quartiers historiques.
Des projets de dalles et de tours voient le jour, qui ne respectent pas les repères traditionnels de la ville. Le niveau du sol n’est pas celui des habitants, les immeubles ne sont pas insérés
dans la trame urbaine habituelle, avec ses rues et ses passages.
C’est un univers particulier, une bulle dans la ville, très différente du reste de la cité.
L’uniformité des tours ne semble pas s’apparenter au visage traditionnellement homogène des quartiers parisiens mais est vécu comme un appauvrissement des paysages.
Edifiées sur une hauteur, les tours surplombent Paris, qui ne peut les ignorer.
On en revient par la suite au modèle de l’îlot, bien plus habituel à Paris que les tours, même si cet îlot s’ouvre parfois sur l’extérieur, à la différence des îlots haussmanniens présentant une
façade unie et fermée.
Paris ne cesse d’évoluer, de remodeler ses quartiers, de récupérer de l’espace en s’étendant sur les anciennes gares par exemple. Elle retrouve son ancien mode de densification, quand elle ne
pouvait pas s’étendre à son gré.
Mais à défaut de s’étendre encore, elle noue de bonnes relations avec ses voisines, ses réseaux de transports la dépassent pour assurer la connexion, et la banlieue devient de plus en plus
dépendante de la capitale.
Vous avez dit