J'aime l'oeuvre de Gérard de Nerval (de son vrai nom Gérard Labrunie). J'ai beaucoup lu, et nombreux sont les auteurs à m'avoir touchée, mais aucun ne m'a atteinte aussi profondément que lui. Je
suppose donc qu'il est ce que je pourrai appeler "mon auteur préféré".
C'est pourquoi j'ai retranscrit son poème le plus célèbre dans mon précédent article. En toute honnêteté je pense qu'il s'agit là du plus beau poème de la langue française, pourtant si riche en
poèmes magnifiques.
Ce sonnet est en plus représentatif de l'oeuvre de Gérard de Nerval : il est extrêmement beau, respectant les règles et sachant s'en abstraire, et avec une richesse symbolique absolument
extraordinaire.
Il est né un 22 mai (comme moi !), en 1808 (pas comme moi). Sa mère accompagne son père, médecin dans l'armée napoléonienne, dans les voyages à l'étranger. Elle mourra alors que son fils avait
deux ans, ce qui fait qu'il ne l'a pour ainsi dire pas connue. Il sera élevé par son oncle Antoine Boucher à Mortefontaine, dans la campagne du Valois.
En 1814, lors du retour de son père, il ira s'installer à Paris.
Lycéen, il traduit en français plusieurs oeuvres de Goethe, et notamment Faust. Ses traductions comptent parmi les meilleures jamais réalisées. Goethe dira même qu'il aurait écrit sa
pièce ainsi s'il avait dû l'écrire en français !
Il fut un des premiers adhérents, avec Petrus Borel, du mouvement Jeune France. Ami avec Victor Hugo, Théophile Gautier, Alexandre Dumas, il participera à la "bataille d'Hernani", côté
moderne, évidemment, le 25 février 1830.
En 1832 il sera emprisonné pour avoir manifesté ses convictions républicaines. Libéré, il visitera l'Italie. Vers 1835 il s'installera rue du Doyenné, chez Camille Rougier. C'est le temps de la
"bohême galante".
Nerval tombera ensuite follement amoureux de l'actrice Jenny Colon, qui refusera sa demande en mariage pour en épouser un autre en 1838. Il part alors en Allemagne, puis en Autriche avec
Alexandre Dumas, et écrit en collaboration avec lui le drame Léo Burckart.
Il publie des poèmes, des articles de presse (il est journaliste) mais aussi les récits des Illuminés, qui montrent son intérêt pour la Tradition ésotérique.
En 1841 c'est sa première crise de folie. Il souffre d'hallucinations et de délire, se prend pour le souverain (le dieu ?) d'un univers. Interné à la clinique du docteur Blanche, il apprend la
mort de Jenny Colon, en 1842.
Il décide alors de fuir et part pour l'Orient en 1843. Il voyagera en Egypte, en Syrie, en Turquie, à Malte et à Naples (Voyage en Orient, 1851).
De retour à Paris il reprend ses activités de librettiste et de journaliste jusqu'en 1851. Mais la folie frappe à nouveau, et il doit être interné à intervalles de plus en plus réguliers
(janvier-février 1852, février-mars 1853, août 1853 mai 1854, fin 1854).
Entre ses crises, il écrira ses oeuvres maîtresses : Lorely (1852), les Filles du Feu, les Chimères, mais aussi Sylvie et Aurélia.
A sa demande ses amis obtinrent sa "libération" à la fin de l'année 1854. Il dut faire face à la dureté de l'hiver parisien, alors qu'il avait une double détresse matérielle et mentale.
On le retrouvera à l'aube du 26 janvier 1855, pendu à la grille d'un escalier de la rue de la Vieille Lanterne, qui n'existe plus aujourd'hui, un des endroits alors les plus laids de
Paris, "dans le coin le plus sordide qu'il ait pu trouver" d'après Baudelaire.
La veille il avait écrit à sa tante :
"Ne m'attends pas ce soir car la nuit sera blanche et noire..."
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