Vous avez dit

Voyages...

Ceux qu'il faut aussi voir...

Dimanche 15 juin 2008

Ce très grand mystique soufi, créateur des derviches tourneurs, a écrit des poèmes, les Dîvân-E Shams-E Tabrîzî, traduites en français sous le nom d'Odes Mystiques.

Je ne résiste pas à l'envie d'en partager une avec vous :
Ode 36

Ô Maître, viens ! Ô Maître, viens ! Ô Seigneur, reviens !
Ne me fais pas languir, ne me fais pas languir ! Ô Maître habile, au beau visage, viens !
Vois cet amant éloigné de toi, vois ce monde bouleversé,
Vois celui qui est à la fois ivre et assoiffé, ô toi le roi des enivrés, viens !
Tu es la main, tu es le pied, tu es l'existence de toute existence ;
Tu es le rossignol extasié, viens vers la roseraie.
Tu es l'oreille, tu es l'oeil, tu es l'élu de tous.
Ô toi aussi précieux que Joseph volé, viens au bazar.
Ô toi caché aux yeux, ô toi qui es pour tous l'âme et le monde,
De nouveau viens, en dansant,  hors de toi.
Tu es la clarté du jour, tu es la joie  qui brûle le chagrin,
Tu es la lune qui illumine la nuit, ô toi nuage de douceur, viens !
Ô étendard d'un monde nouveau, toute intelligence est en gage chez toi.
Ne viens pas et ne t'en vas pas à tout instant : viens pour tout de bon.
Ô coeur ensanglanté, quelle passion, quelle folie !
Le raisin est déjà mûr, ne presse pas le raisin vert, viens !
Ô nuit troublée, disparais ! Ô chagrin indicible, éloigne-toi !
Ô intelligence endormie, anéantis-toi ! Ô plénitude éveillée, viens !
Ô coeur égaré, viens ! Ô âme blessée, viens !
Si la porte est fermée, viens à travers le mur.
Ô souffle de Noé, viens ! Ô désir de l'âme, viens !
Ô onguent des malades, viens ! Ô santé des souffrants, viens !
Ô toi dont le visage rayonne comme la lune, ô toi pareil à l'eau qui court au coeur du ruisseau,
Cherche la joie des amoureux ; en dépit des ennemis, viens.
Ô âme pleine de discours, tais-toi. Jusqu'à quand ces paroles ?
Jusques à quand frapperas-tu sur le tambour de l'éloquence ?
Sans lèvres et sans paroles, viens.

par Harmonie publié dans : Mythes, légendes, textes sacrés communauté : Les Cheminants
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Samedi 16 février 2008

Ker Ys, I , Ker Ys, II ,

Ecoutez-moi, car je raconte l'histoire très véridique de la fière cité d'Ys et de sa reine Dahut.
Vous êtes assis sur la lande, le soleil vient de se coucher. Le vent souffle et siffle doucement, emmenant avec lui des murmures lointains que vous ne pouvez saisir. Un vieil arbre rabougri étend ses branches, traits sombres dans le ciel nocturne.
Je suis assise sur un rocher, au pied de l'arbre, mais vous ne me voyez pas, car votre regard se perd au loin, sur la mer bleue nuit qui roule au bas de la falaise.

Au temps dont je vous parle, avant que le monde ne change et que la magie ne le déserte pour gagner l'univers de l'imaginaire, s'élevait une cité.
On l'appelait Ys, ou Ker Ys (parfois Is). Elle était alors la plus belle cité du monde, la plus importante, et on chantait son nom jusqu'aux limites du monde connu.
Elle était capitale du royaume d'Armorique, joyau du roi Gradon qui seul en conservait la clef.

Sa fille Dahut (dago soitis en celte, signifiant "bonne magie") y régnait. On la disait pécheresse et cruelle, mais peut-être était-elle simplement la dernière reine celte devant l'intrusion du christianisme...

Quoi qu'il en soit, l'Etranger, l'Homme Rouge, d'aucun dirent le Diable lui-même, causa sa perte. Il vint un soir de tempête et l'hospitalité lui fut accordée.
Le vent soufflait avec rage, la mer tourbillonnait, et les vagues de plus en plus hautes venaient se fracasser sur les murs de la cité. Tous les éléments semblaient pris de fureur, et peut-être était-ce un avertissement...

Devant l'effroi de l'Etranger, Dahut rit et déclara :
 "Ne crains rien, inconnu, ce n'est point la première tempête que nous connaissons, l'eau ne peut s'introduire dans la cité, nos murs sont trop hauts et nos portes trop solides."
- Mais si elles s'ouvraient malencontreusement ?
- Alors tu devrais en appeler à la clémence des éléments, car tu n'aurais guère de chance de t'en sortir ! Mais n'aie point d'inquiétude, il n'existe qu'une clef et mon père la porte autour du cou."
- J'aurais cru que seule la maîtresse de la ville était digne d'avoir ce pouvoir, et non point qu'elle le délèguerait à un autre, fût-il son père et un roi."
Dahut le regarda bizarrement mais ne dit rien. Déjà le poison du doute s'était introduit en âme.

Il y eut fête ce soir-là. Gradlon s'enivra et partit dormir. Dahut et l'Homme Rouge s'en furent dans la chambre de la princesse. Mais une fois que leur désir mutuel eût été comblé, alors que l'Etranger s'était endormi, Dahut songea à son père ivre, et à sa clef d'or...

Serez-vous surpris si je vous dit qu'elle gagna silencieusement la couche de son père, et que la précieuse clef changea de propriétaire ? Et pendant ce temps-là, le vent et l'eau n'en pouvaient plus de colère, et les éclairs frappaient si souvent qu'on pouvait y voir comme en plein jour. C'était une nuit de destruction, une nuit où un monde prenait fin.

Nul ne sait qui ouvrit les portes de la Cité.
Non, nul ne le sait même si bien des rumeurs ont couru...
Pour certains, ce serait Dahut elle-même, ensorcelée par l'Etranger. Pour d'autres ce fut lui, l'Homme Rouge, qui vola la clef à sa toute nouvelle maîtresse et provoqua le malheur.
Ce qui est sûr, c'est que nul ne sut jamais qui était cet homme, ni à plus forte raison pourquoi il avait agi... car nul ne le revit jamais.

Et ce soir-là, ce soir de tempête où les éléments étaient en folie, l'eau entra dans la cité, dévasta les maisons, noyant les habitants, hommes, femmes, enfants...
Aucun n'en réchappa.

Dans les hautes tours du palais, Gradlon s'éveilla pour voir la cité s'engloutir. Il courut au seul être qui pouvait l'aider, Morvac'h, le cheval de mer, et l'enfourcha.
Sa fille Dahut parvint à s'accrocher à lui et à monter également sur le cheval.
Et ils fuirent ainsi la cité engloutie, celle qui avait été Ys, la plus belle ville du monde.

C'est alors que Guénolé survint. Il vit Gradlon, il vit Dahut.
" Gradlon ! Gradlon ! Ne comprends-tu pas ? C'est la volonté de Dieu si la cité maudite a été détruite ! Ils étaient païens et Dieu a frappé ! Même ton cheval ne peut te sauver, si tu ne renonces pas à toutes les anciennes coutumes, si tu ne rejettes pas le démon assis derrière toi !"
Ainsi parla Guénolé.

Les vagues roulaient et même Morvarc'h avait du mal à avancer. Alors Gradlon, la mort dans l'âme, poussa sa fille dans les flots.


Au matin, le soleil se leva sur la mer apaisée de la baie de Douarnenez. Plus rien n'indiquait qu'une cité s'était jadis trouvée là. Ses fières tours avaient été abattues.
Gradlon, qui était parvenu à gagner la terre ferme, ne se remit jamais vraiment du cataclysme. Il gagna Quimper, dont il fit sa nouvelle capitale, et renonça à jamais à la religion des celtes.
C'est depuis ce temps-là que la Bretagne s'est couverte d'un blanc manteau d'églises...

Et Dahut, me direz-vous ?
Et bien, elle était magicienne, et née de la mer. Elle devint une sirène, de celles qui sont appelées les mari morgan (mor gan : née de la mer), à l'apparence entièrement humaine.
Elle règne toujours sur Ker Ys, et y emmène les hommes trop rêveurs qui succombent à son chant...

Parfois, sur la lande, quand souffle le vent, on entend encore sonner les cloches de la cité engloutie.

par Harmonie publié dans : Mythes, légendes, textes sacrés communauté : Les Cheminants
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Vendredi 15 février 2008

Ker Ys, I
Voilà la suite, avec un peu de retard mais vous me pardonnerez, n'est-ce-pas ?

Gradlon est retourné chez lui, en Armorique, avec sa fille Dahut (ou Dahud ou Ahès, mais je choisis arbitrairement Dahut).

- Ah bon, il ne s'appelait pas Gradlon de Cornouailles ?
- Si, mais il était roi d'Armorique, ne m'embêtez pas. Qu'est-ce que vous avez à être aussi maniaques sur les détails ? Si vous m'interrompez tout le temps nous n'aurons jamais fini !

Dahut donc, fille de Gradlon et de Malgven,  née en mer, aime la mer et respecte les anciennes coutumes celtiques, legs de sa mère.
Dans la version purement celtique, Dahut finit par rejoindre la cité marine de Ker Ys par désir de se rapprocher de l'élément qui la fascine tant.
Dans la version christianisée, son père Gradlon de Cornouailles (mais roi d'Armorique :-) ) aurait été converti au christianisme par un certain Guénolé (devenu par la suite Saint Guénolé, mais à l'époque il n'était pas canonisé mais juste abbé). Guénolé ne pouvait supporter la conduite "celtique" (notamment une grande liberté dans le choix de ses partenaires amoureux) de Dahut. Il convainquit donc le roi que la "pécheresse" devait quitter le royaume. Dahut aurait alors construit la cité d'Ys dans la baie de Douarnenez, au-delà des limites du royaume de Gradlon, mais en même temps juste devant...

Nul ne sait si la cité d'Ys a été construite entourée par la mer, ou si, comme certaines traditions l'affirment, elle aurait été construite près de mille ans plus tôt sur la terre ferme et, les eaux ayant monté, aurait progressivement été entourée de digues protectrices.
Quoi qu'il en soit, quand Dahut la rejoint, on ne pouvait y accéder que par deux grandes portes qui formaient sas, et que l'on ouvrait avec une clef d'or, que Gradlon portait autour du cou.

La version chrétienne dépeint Dahut comme la pire pécheresse ayant jamais existé. Déjà Malgven, qui assassine son mari alors qu'elle pouvait divorcer, ce n'est pas vraiment moral, mais Dahut, c'est bien pire.
Chaque jour, elle choisissait un homme, passait la nuit avec lui et au matin le tuait.
Mais comme ce sont des partisans de Guénolé (qui ne cesse de la vilipender) qui racontent cela, nous pouvons aussi considérer l'hypothèse qu'elle ait juste été une femme estimant qu'elle avait le droit de disposer de son propre corps à sa guise et d'avoir des amants si elle le souhaitait (cette hypothèse repose sur le fait que les meurtres de ses amants ne sont pas prouvés).

Comme je n'y étais pas, je ne me permet pas de juger.

Simplement un jour un voyageur arriva et demanda l'hospitalité de la cité d'Ys, hospitalité qui lui fut bien évidemment accordée.
Pas seulement, comme le lecteur pourrait le croire, à cause des "appétits" de Dahut, mais surtout parce que l'hospitalité est très importante pour les celtes, qui forment un peuple extrêmement xénophile, ce qui est rapporté de nombreuses fois par des auteurs sérieux et notamment Caius Julius Caesar dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules. D'ailleurs à ce propos...

- Ce n'est pas vrai, elle ne va pas parler d'autre chose !
- Lecteur grognon ! Bon, d'accord, je me concentre sur la suite...


Revenons à ce voyageur inconnu. Inconnu, il l'est pour nous, mais il l'était aussi pour Dahut et les siens, à qui il refusa de donner son nom. Simplement, comme il était entièrement vêtu de rouge, il est nommé "l'Homme Rouge" dans la plupart des versions de la légende, et ce sera également le cas ici.
Pour les chrétiens, il n'aurait été autre que Satan lui-même, ce qui ne laisse pas de me rendre perplexe vu ses actions...
En effet il causa la perte de Dahut et de la fière cité d'Ys, ce que j'aurai la joie douteuse de raconter au prochain épisode :-).

Ker Ys, III

par Harmonie publié dans : Mythes, légendes, textes sacrés communauté : Les Cheminants
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Vendredi 8 février 2008

Voici la légende de Ker Ys en Bretagne (enfin, une version parce qu'il y en a plusieurs).

Il était une fois un roi, qui s'appelait Gradlon de Cornouaille. C'était un roi guerrier et un excellent stratège. Il avait fait construire les meilleurs navires que la mer ait jamais portés et s'en servait pour aller faire la guerre aux peuplades les plus lointaines. Il revenait toujours de ses expéditions chargé d'or et de richesses.
Lors d'une expédition dans le Nord, ses soldats fatigués d'avoir combattu tout l'été refusèrent d'assiéger le château où s'était réfugié le roi adverse.
Ils décidèrent de rentrer chez eux. Le roi, refusant de partir avant d'avoir entièrement vaincu, décida de rester dans le royaume du nord.
Seul, un soir, il aperçut une splendide femme rousse, dont la beauté semblait trop parfaite pour être réelle. Elle lui dit :
"Ô grand Gradlon, je suis Malgven, reine du Nord. Je t'ai observé grand roi, et tu es courageux et habile au combat. Mon époux, lui, ne combat plus depuis si longtemps que son épée est rouillée, il s'abrutit de vin toute la journée et de plus m'est infidèle. Gradlon, je te donnerai les moyens d'entrer dans la forteresse, si tu tues mon époux qui ne mérite plus de régner."
Gradlon accepta le marché, et tua le vieux roi. Selon certaines sources, celui-ci était tellement ivrogne qu'il ne s'était pas aperçu qu'il avait été assiégé !
Alors Malgven appela Morvac'h, le cheval de mer, qui courait si vite que ses sabots n'avaient pas le temps de s'enfoncer dans l'eau.
Gradlon et elle le chevauchèrent pour rejoindre les navires de Gradlon et rentrer en Armorique. Mais le voyage fut très long, suffisamment long pour que Malgven donne naissance à une fille, qu'on appela Dahut (surtout ne me demandez pas comment on fait pour accoucher sur un cheval).
Ensuite il y a plusieurs versions : soit Malgven décéda pendant l'accouchement (et oui, le cheval, ce n'est pas très pratique) soit elle déclara que le temps était venu pour elle de retourner parmi les siens, et comme c'était une créature magique, elle disparut du monde des vivants mortels.
Gradlon reporta alors tout son amour sur sa fille, Dahut (parfois appelée Dahud et parfois encore Ahès).

La suite au prochain épisode...

Juste, Malgven n'est pas forcément une traîtresse qui s'amuse à assassiner son époux. Elle est celte, et pour les celtes le mariage ne durait qu'un temps déterminé après quoi chacun des conjoints retrouvait sa liberté (ils pouvaient aussi choisir de rester ensemble). Le roi n'était pas roi de "droit divin" et par le sang, mais parce qu'il était le plus apte à diriger la tribu. En étant un ivrogne volage, l'époux de Malgven avait renoncé et à ses droits d'époux et à ceux de roi.

La suite : Ker Ys, II , Ker Ys, III

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Dimanche 27 janvier 2008

Isis, j'écris cet article pour toi...

Vous connaissez tous j'en suis sûre, Isis, la déesse sage et mystérieuse, soeur et épouse d'Osiris, la veuve, et mère d'Horus.
Mais il fut un temps où Isis la magicienne n'était pas si sage... où elle souhaitait apprendre tous les Secrets de l'Univers.
Ce mythe s'inscrit dans la tradition de l'Enneade d'Héliopolis, où Rê (en tant que facette d'Atoum, le principe créateur) est le démiurge.

En ce temps-là, les dieux vivaient sur la Terre, parmi les hommes. Rê, dieu créateur, le Soleil, était aussi Pharaon. Les dieux maîtrisaient la magie, et la jeune déesse Isis était la magicienne la plus accomplie. Elle connaissait tout ce qu'il y a sur Terre et dans le Ciel.
Mais sa maîtrise était encore incomplète, car pour maîtriser vraiment une chose, il faut connaître son nom secret, son nom véritable. Or l'Univers ayant été créé par Rê, pour connaître ses secrets, il fallait connaître le véritable Nom de Rê.

Qu'à cela ne tienne, la curieuse déesse va alors mettre au point un stratagème pour obtenir ce Nom. Elle connaissait parfaitement les habitudes de Rê, qui tous les matins allait visiter la terre d'Egypte, en glorieux équipage, pour admirer sa création et aider les hommes.
Mais Rê était un dieu vieillissant, et il lui arrivait parfois de laisser tomber un peu de sa salive sur le sol...
Isis ramassa soigneusement un peu de cette salive, ainsi que la terre sur laquelle elle était tombée. Elle pétrit le tout entre ses mains pour lui donner la forme d'un serpent, qu'elle plaça sur le carrefour par lequel passait Rê chaque jour.
Le lendemain, quand le Soleil, suivi par les autres divinités, partit pour sa promenade quotidienne, il ne vit pas le serpent, car sa vue s'était affaiblie. Celui-ci le mordit alors cruellement au talon, et regagna ensuite le Nil, sa mission magique accomplie.

Le poison se répandit rapidement dans le corps du dieu, qui effondré au sol appelait ses compagnons à son aide.
"Approchez,  vous qui êtes venus à l’existence de mon corps et son corps, dieux qui êtes issus de moi, afin que je vous fasse connaître ce qui m’est arrivé. Une chose douloureuse m’a mordu. Mon cœur ne la connaît pas, mes yeux ne l’ont pas vue, ma main ne l’a pas faite ; je ne reconnais en elle aucun des éléments de ma création. Mais je n’ai jamais ressenti une souffrance comme celle-là, aussi pénible à supporter. J’ai beaucoup de noms et beaucoup de formes ; mais j’ai caché en mon corps mon nom secret, de peur qu’un pouvoir fût donné à un magicien contre moi. Ce que je ressens, ce n’est pas le feu, ce n’est pas l’eau, mais mon cœur brûle, mon corps tremble et mes membres ont froid. Que mes enfants, les dieux, me soient amenés, ceux qui savent les formules magiques et dont la connaissance atteint le ciel."

Isis vint avec les autres, image même de l'innocence...
Mais tous les sortilèges qu'ils tentèrent échouèrent.
Alors Isis demanda au dieu son nom, "car un homme revit quand il est appelé par son Nom."

En guise de réponse, Rê récita la longue litanie des noms qui lui avaient été accordés...
"Je suis celui qui a fait le ciel et la terre, qui a lié les montagnes et créé tout ce qui réside en eux. Je suis celui qui a fait l’eau. J’ai fait le taureau pour la vache, de telle sorte que la jouissance sexuelle vint aussi à l’existence. Je suis celui qui a fait l’empyrée et créé les mystères des deux horizons. Je suis celui qui fait venir la lumière lorsqu’il ouvre les yeux et amène l’obscurité lorsqu’il les ferme. Je suis celui qui a fait venir à l’existence les heures et les jours, je suis celui qui a établi la répartition des fêtes de l’année. Je suis celui qui a fait le feu de la vie."

Mais cela n'empêcha pas la brûlure du poison, car son nom secret n'était pas dans la liste.

Isis, qui décidemment ne savait pas que le chantage est immoral (ou qui avait sciemment décidé de faire comme si elle l'ignorait) reprit alors : "ton nom secret n'est pas parmi ceux que tu m'as dit. Dis-le-moi donc, et le poison sortira de ton corps".

Rê hésita encore (livrer son nom, c'était aussi livrer son pouvoir sur l'Univers) mais il finit par céder, à la seule condition qu'Isis soit seule à l'entendre.

"Approche toi de moi, ma fille Isis, de telle sorte que mon nom passe de mon corps dans ton corps sans que personne d'autre ne puisse l'entendre."

Ainsi fut fait, et dès qu'elle fut en possession de la Connaissance, Isis délivra son père divin de son supplice.

Elle devint alors Isis, la grande magicienne, qui connaît Rê par son nom, dépositaire de toutes les puissances de l'Univers, Gardienne du Secret. Elle ne divulgua jamais la connaissance qu'elle avait acquise par la ruse, si ce n'est - selon certaines versions - à son fils Horus.

Il faut croire que la Connaissance l'a assagie car elle devint alors l'incarnation même de la Sagesse.

(cette légende provient d'un papyrus daté de 1250 avant J.C)

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Je remercie SaT pour m'avoir gentiment offert le dessin qui me sert d'avatar. Drôlement sympa, vous ne trouvez pas ? (c'est lui qui dessine La République des Fourmis ).

 

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(Voir mon Atelier... )

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